ABOU DHABI, 9 décembre 2025 (WAM) – TRENDS Research & Advisory, en collaboration avec IMI Media Group, a organisé un symposium international intitulé « Déconstruire les narratives extrémistes à l’ère de l’intelligence artificielle et des médias numériques », dans le cadre de sa participation au sommet BRIDGE 2025.
Le symposium s’est ouvert par une allocution du Dr Mohammed Abdullah Al-Ali, directeur général de TRENDS, qui a souligné que l’extrémisme n’est plus alimenté par des interactions directes, mais s’est déplacé vers des espaces numériques dissimulés, de plus en plus difficiles à surveiller.
Il a expliqué que les groupes extrémistes disposent désormais de capacités sans précédent pour segmenter les contenus et cibler des publics spécifiques, notamment les jeunes et les consommateurs de médias courts.
Le Dr Al-Ali a indiqué que TRENDS s’emploie à mobiliser le savoir pour déconstruire les discours extrémistes et élaborer des narratives alternatives promouvant la paix et la modération, exprimant sa reconnaissance aux partenaires internationaux et aux participants au symposium.
Il a ajouté que la lutte contre cet « extrémisme soft » repose sur plusieurs piliers, notamment l’éducation, les médias, la législation et l’analyse de la recherche, insistant sur le fait que le renforcement d’une résilience intellectuelle large demeure la solution la plus essentielle à long terme.
Le symposium a réuni plusieurs intervenants ayant proposé des analyses sur l’évolution des dangers liés aux narratives extrémistes dans l’environnement de l’intelligence artificielle et de la communication numérique, ainsi que des solutions stratégiques pour y faire face.
Ont notamment pris part aux discussions : le Dr Mohamed Hamad Al-Kuwaiti, président du Conseil de cybersécurité des Émirats arabes unis ; Nathalie Goulet, sénatrice de l’Orne au Sénat français ; Gustav Gustenau, secrétaire général de l’Institut européen de lutte contre le terrorisme et de prévention des conflits (EICTP) ; la journaliste américaine Emily Austin ; et le Dr Sterling Jensen, professeur associé à la section Tolérance et coexistence de l’Université Mohamed bin Zayed pour les sciences humaines.
Animée par Michella Haddad, présentatrice à Sky News Arabia, la session a mis en lumière la nature des menaces numériques contemporaines, relevant que le monde vit désormais dans une « zone de guerre digitale », où les batailles sont menées à travers les contenus, les logiciels et les algorithmes plutôt qu’au moyen d’armées traditionnelles.
Michella Haddad a indiqué que les groupes extrémistes ont exploité l’environnement numérique de manière inédite, acquérant la capacité de diffuser leurs messages à grande échelle sans présence physique. Elle a noté qu’« un simple clic sur un téléphone suffit aujourd’hui à propager un message radical à des milliers de personnes en quelques secondes ».
Elle a souligné le rôle central des médias dans la lutte contre ces narratives, non seulement par le reportage, mais aussi par l’analyse et la mise au jour des cadres cachés qui alimentent les contenus de haine, insistant sur l’importance de la sensibilisation du public et de l’autosurveillance.
Elle a ajouté que la réussite de la lutte contre l’extrémisme numérique dépend de la coopération entre institutions de recherche, plateformes médiatiques et décideurs, qualifiant le symposium de « jalon intellectuel important pour tracer une véritable feuille de route face à ce défi croissant ».
Le Dr Al-Kuwaiti a présenté un aperçu des systèmes de sécurité numérique des Émirats, soulignant que la position de leadership du pays dans les indicateurs mondiaux de cybersécurité résulte d’un écosystème intégré associant la société, les institutions éducatives, les entreprises technologiques et les organismes de sécurité.
Il a expliqué que l’extrémisme numérique cible non seulement les infrastructures informationnelles, mais aussi la conscience collective, les groupes extrémistes s’appuyant sur la manipulation de l’information, le recyclage des contenus et la polarisation émotionnelle pour susciter des réactions empreintes de doute et d’hostilité.
Il a plaidé pour le développement de programmes de prévention digitale permettant de bâtir un bouclier cognitif protecteur, en amont de toute solution technique.
Gustav Gustenau a présenté les résultats d’une analyse sur l’usage des communications numériques par les Frères musulmans, expliquant que le mouvement opère selon des stratégies graduelles, commençant par construire une image caritative avant d’évoluer vers des narratives visant à fragiliser l’État et la société.
Il a indiqué que l’outil le plus dangereux du groupe est ce qu’il a qualifié de « djihad de la communication », c’est-à-dire une utilisation intensive et professionnelle des plateformes numériques pour constituer des audiences en ligne, non seulement pour la mobilisation immédiate, mais aussi comme réserve future destinée à activer des protestations ou exercer une pression politique.
Il a insisté sur la nécessité de contrer ces organisations hybrides par des centres d’analyse spécialisés, étudiant à la fois les contenus et les réseaux organisés qui les produisent.
La sénatrice Nathalie Goulet a estimé qu’une part importante de la menace provient du manque de responsabilité des grandes plateformes, devenues de facto des éditeurs non officiels du contenu en ligne.
Elle a expliqué que l’intelligence artificielle privilégie la diffusion et la viralité au détriment de l’exactitude ou de la valeur éthique, conférant une visibilité accrue aux contenus extrémistes plutôt qu’aux messages éducatifs ou de sensibilisation.
Elle a appelé à une législation claire tenant les plateformes responsables des contenus qu’elles diffusent, en particulier ceux visant les mineurs et les minorités, considérant que la « refonte du cadre juridique » constitue un élément central de la lutte contre l’extrémisme invisible.
Le Dr Sterling Jensen a mis l’accent sur les dimensions éducatives et psychologiques de la lutte contre l’extrémisme numérique, notant que de nombreux jeunes s’appuient aujourd’hui sur l’IA pour rechercher de l’information sans disposer des outils nécessaires pour en évaluer la crédibilité.
Il a expliqué que l’absence d’expériences sociales réelles favorise l’enracinement de narratives déformées, créant des environnements idéologiques fermés.
Il a insisté sur l’intégration des compétences d’analyse médiatique et de vérification des faits dans les programmes scolaires et universitaires, estimant que « la résilience intellectuelle est l’arme la plus solide avant toute protection technique ».
Les intervenants ont également souligné la nécessité d’intégrer des mécanismes d’analyse des narratives aux systèmes d’IA, d’adopter des méthodologies comparatives pour suivre l’évolution des contenus extrémistes et de développer des modèles capables de prévoir leurs schémas de diffusion et leur niveau d’influence.
Le symposium s’est conclu par des recommandations appelant à renforcer la coopération entre les centres de réflexion et les multinationales technologiques, à mettre en place des réseaux spécialisés de veille cognitive pour suivre les narratives trompeuses, à concevoir des curricula éducatifs favorisant la pensée critique plutôt que la consommation passive, et à développer des initiatives interactives ciblant les jeunes dans les environnements numériques de jeux, d’écosystèmes de contenus courts et de plateformes d’IA.