Semaine de la finance d’Abou Dhabi : une table ronde met en lumière le rôle des femmes dans la culture et le capital

ABOU DHABI, 10 décembre 2025 (WAM) — La Semaine de la finance d’Abou Dhabi (ADFW) a accueilli, mardi, un événement de premier plan organisé par PGIM sous le thème « Women Shape Culture and Capital ». La rencontre a porté sur l’influence croissante d’une croissance inclusive et du capital culturel dans la recomposition de la finance mondiale, ainsi que sur le rôle d’Abou Dhabi dans cette transformation, portée par une vision économique de long terme centrée sur l’humain.

Le discours inaugural a été prononcé par Son Altesse Cheikha Dr Shamma Mohammed Khalid Al Nahyan, avant une table ronde réunissant Aisha Al Mansouri, Caroline Wini (PFI) et Dr Vicki Walia, modérée par Imira Socorro (PGIM).

Dans son allocution, Son Altesse Cheikha Dr Shamma a ouvert le débat par une question marquante — « Le capital est-il masculin ou féminin ? » — soulignant que le capital est, en soi, neutre et que son impact dépend de l’usage qui en est fait. Elle a estimé que l’expression « autonomisation des femmes » ne reflète plus les réalités économiques actuelles, rappelant que les femmes ne cherchent plus à obtenir une place à la table, mais « sont devenues la table sur laquelle se bâtit la nouvelle économie ».

Elle a relevé que le modèle financier traditionnel, fondé sur la compétition et des décisions unilatérales, n’est plus adapté à la complexité du monde contemporain. L’économie moderne, a-t-elle poursuivi, requiert des systèmes davantage inclusifs et adaptatifs, qualités qu’elle associe au leadership féminin. « Le futur système financier a besoin d’une intelligence féminine pour survivre », a-t-elle affirmé.

Son Altesse a mis en avant l’émergence d’une « économie du sens », dans laquelle l’argent porte une identité, des valeurs et un lien communautaire. Elle a souligné la capacité singulière des femmes à conjuguer capital matériel et capital culturel, à relier stratégie et émotion, et à associer analyse et intuition — définissant celle-ci comme « le degré le plus élevé du traitement des données », au-delà de la portée de l’intelligence artificielle.

Elle a salué l’approche d’Abou Dhabi visant à consolider une économie équilibrée, alliant résilience et empathie, vision à long terme et durabilité. Le leadership efficace aujourd’hui, a-t-elle noté, se mesure par l’aptitude à inclure plutôt qu’à contrôler, et à produire un impact profond plutôt qu’à générer de simples indicateurs chiffrés. Elle a ajouté que les femmes, dans les environnements de travail multiculturels, jouent un rôle central dans l’interprétation des contextes et la transformation des différences en « énergie créative », les qualifiant « d’ingénieures de la réorganisation du chaos ».

Son Altesse a également insisté sur le fait que l’intelligence émotionnelle est devenue « une monnaie qui ne perd pas de valeur face à l’intelligence artificielle », soulignant que les machines savent calculer les risques mais ne peuvent les ressentir, ni gérer les portefeuilles relationnels comme le font les humains. Elle a invité l’auditoire à réfléchir aux défis que rencontrent les femmes dans la gouvernance financière, appelant à ne pas attendre une autorisation pour s’imposer, mais à revendiquer l’autorité par la compétence, l’innovation et le courage d’être visible.

Elle a affirmé que les femmes à Abou Dhabi disposent aujourd’hui « du stylo, du papier, du soutien et de la volonté pour écrire l’avenir de l’économie », précisant que leur contribution ne relève pas d’une logique de compétition, mais de l’achèvement d’un tableau économique resté incomplet pendant des siècles.

Revenant à sa question initiale, elle a conclu : « Le capital est neutre. Mais la valeur de l’argent dépend de celui ou celle qui le détient. Lorsqu’un homme tient l’argent, il construit souvent une tour ; lorsqu’une femme le tient, elle construit souvent un pont. Aujourd’hui, nous avons besoin de ces ponts qui relient les composantes du monde — des ponts qui relient les tours. »